Voici le compte rendu et les commentaires de Georges Barbereau sur cette épreuve qui s’est déroulé fin mars à Mer. Retrouvez également les tableaux et autres photos sur la page dédiée à l’épreuve sur le site de la Ligue du Centre
TOP INTER-RÉGIONAL DE DÉTECTION.
Il s’est déroulé les 24 et 25 mars à Mer. Rappelons qu’il concernait les meilleurs jeunes détectés et qualifiés dans quatre ligues: Bretagne, Centre, Île de France et Pays de la Loire, ces quatre ligues comptant parmi les meilleures de France au niveau des jeunes. C’est l’AMO Mer qui se chargeait de l’organisation qui a été un franc succès.
L’organisation : Inutile de s’étendre sur la disposition des lieux très familiers à tous ceux qui s’intéressent au tennis de table car le club local est très expérimenté dans le domaine des organisations. Deux belles salles réunies par un hall d’honneur spacieux sur lequel s’ouvre le bar et qui se prête parfaitement à l’affichage, à la détente, aux rencontres. Comme d’habitude, l’AMO s’est mobilisée à l’instar de son président Jean-Marc Guimont qu’on a vu à l’accueil, à l’arbitrage, partout où il y avait un problème à régler. Le club a assuré la restauration, soit par sandwiches à l’intérieur, soit avec des grillades sous une tente extérieure. Très bonnes conditions de jeu, avec, dans la salle du club, des tribunes permettant d’avoir une vue d’ensemble des matchs.
L’arbitrage : Éric Colas et Éric Dubérog ont, en qualité de juges-arbitres, maîtrisé le déroulement de l’open et respecté les horaires avec un peu d’avance le dimanche, à la satisfaction des accompagnateurs. L’AMO Mer avait mobilisé un nombre suffisant d’arbitres compétents, même s’il a fallu parfois faire appel au volontariat. Un seul petit bémol: pour retrouver nos joueurs, il fallait deux listes: l’une indiquait le club, l’autre le vrai numéro de dossard. Cependant, la règle du «no coaching» ne va pas sans inconvénients: d’abord, certains entraîneurs la contournent en arrivant à glisser une consigne lors d’un ramassage de balle en fond d’aire de jeu; des encouragements du style: «Oui, c’est ça, continue!» sont à la limite du conseil; l’absence de certains entraîneurs (on les comprend de vouloir peut-être passer un week-end à la maison) livre des enfants à l’initiative de parents qui ont parfois du mal à cacher leur propre stress ou qui font des commentaires s’apparentant plus à des reproches (on a même pu assister à une paire de gifles ou a des invectives vis à vis de l’arbitre), mais il faut reconnaître que ces comportements sont minoritaires; le but du jeu est bien d’étudier le joueur livré à lui-même.
Quelques réflexions sur le jeu : Le niveau semble progresser d’année en année. Les joueurs opèrent sur plusieurs lignes de sol, cependant beaucoup ont tendance à se réfugier trop vite dans la défense liftée (mais avec peu d’effet), haute; mais, même dans ce système, ils sont capables de tenir la balle, marquer le point à l’usure ou en contre-attaque, reprendre l’initiative. La palette des coups est assez étendue mais on voit rarement la défense coupée: pourtant, ceux qui reculent systématiquement dès la première balle ne sont-ils pas plutôt de tempérament défensif? On peut noter aussi un certain déséquilibre coup-droit- revers en faveur du coup-droit, le pivot étant privilégié même en position de grand risque; il semble nécessaire d’améliorer le jeu de bloc. Les meilleurs savent varier, surprendre par des prises d’angle ou des accélérations, bref, ils ont l’esprit malin tel que le définit Christian Martin. Les autres sont trop scolaires et facilement prévisibles, jouant le set comme un exercice, renvoyant trop souvent dans la raquette adverse, ce qui fait apparaître la nécessité d’un enseignement où l’apprentissage technique est étroitement lié à la notion du gain du point. La gamme des services est à étoffer pour la majorité, certains joueurs ont une idée du déroulement du geste mais avec une action sur la balle faible. Les filles continuent à privilégier les démarrages en frappe directe, point positif:les longs échanges de poussette stérile sont rares. Enfin, on a assisté à des crises de larmes (pendant ou après le match) ou à des gestes de nervosité, il semble que la présence d’adultes compétents soit nécessaire avant et après les rencontres. Des entraîneurs ont d’ailleurs accompli un travail remarquable en donnant de bonnes consignes avant le match parce qu’ils avaient observé simultanément leur joueur et son futur adversaire et en l’encourageant après le rencontre, ce qui reste dans l’esprit de cette épreuve. Souvent la victoire est allée vers celui qui la voulait le plus. On notera aussi que Chloé Chomis(VGA St Maur) est la seule à figurer sur deux podiums, elle gagne en 2003 , termine 3° en 2002 et s’est fait remarquer par son sens du jeu.
Résultats de la ligue : Les meilleurs résultats ne sont pas à mettre au compte des plus grands clubs dont certains ne sont carrément pas représentés; néanmoins, se sont mis en évidence des joueurs et joueuses appartenant à des clubs structurés, où l’entraîneur a fait ses preuves, ou ayant bénéficié d’une bonne mutualisation des moyens.
FILLES. 2002: 1° Sarah Slimani(SAS), 4° Agathe Messanges(PCTT), 5° Fiona Fasilleau(TTC), 10° Léa Laouar(4S)…2003: 2° Fiona Fasilleau( TT C), 4° Clara Lefrançois(US Sand.)…2004: 8° Éva Missoux(SSTT)…GARÇONS. 2002: 7° Ian Juston(SAS), 8° Charles Contassot(SLTT), 18° Gauthier Dupont-Franklin(SAS), 22° Félix Ménard(USEAB)…2003: 1° Félix Ménard(USEAB), 5° Martin Blot(Ch ASTT), 9° Théo Demarche (BP41), 13° Sacha Chaplain(PCTT), 21° Hugo Lenormand(SLTT), 26° Émil Jan Kronborg(4S)…2004: 5° Erwann Huet (SLTT), 7° Batiste Lupic (4S)…
La ligue a tout lieu d’être satisfaite avec 3 podiums et quelques places d’honneur. Sarah Slimani (St Avertin Sport) a rempli son contrat de favorite bien que souffrante: elle possède un excellent bagage technique et sait pratiquement tout faire, ce qui lui permet de jouer au chat et à la souris avec ses adversaires; j’ai noté une utilisation intelligente des services, de bonnes prises d’angle, des variations de rythme et de rotations payantes à ce niveau. On lui reproche son apparente froideur qui ressemble à du détachement, mais c’est aussi une arme qui impressionne l’adversaire au moins autant que les cris de guerre poussés à tort et à travers (lire plus loin). Elle est, au club, sous la coupe d’un entraîneur expérimenté qui produit régulièrement des jeunes talentueux et elle bénéficie d’un suivi du département et de la ligue. Fiona Fasilleau (TT Chinon) est issue d’ un club actuellement modeste mais profite d’une très bonne mutualisation des moyens mise en place par le CTR et le CTD du 37 et qui fait intervenir le département, la ligue et l’entraîneur du club voisin (USEAB). Elle joue avec application s’efforçant de prendre l’initiative en écartant le jeu, mais elle doit améliorer le bloc qui demeure un brin passif avec absence de réglage de la fermeture de raquette qui la fait jouer parfois trop haut. On notera qu’elle flirte avec le podium dans la catégorie supérieure et échoue à chaque fois sur la gagnante du tableau. Félix Ménard (USE Avoine-Beaumont) est lui aussi issu d’un club où l’entraîneur a l’habitude de produire de jeunes talents. Il s’est montré très mobile allant chercher les balles difficiles, démarrant bien sur la bonne balle, plaçant judicieusement et accélérant quand il le fallait. Dans l’ensemble nos jeunes jouent techniquement bien et si certains peuvent être déçus c’est parce que la technique ne suffit plus à ce niveau (déjà dit).
Quelques leçons à tirer : Le chef de zone, Yves Régnier a scruté avec attention la manière dont les meilleurs gagnaient et, lors d’ une réunion de clôture avec les responsables de ligue (dont notre CTR Stéphane) , procédé à une sélection pour la phase nationale qui sera suivie d’ un stage. Espérons que nos meilleurs seront retenus. Nous avons, quant à nous, tiré quelques enseignements.
- Certains de nos jeunes sont repartis déçus. Ils avaient réalisé une bonne place en ligue et, là, pour certains, c’est la débâcle. On était aussi un cran au-dessus puisqu’il s’agissait de qualifiés de quatre très bonnes ligues. On a évoqué le manque d’habitude de ce genre d’épreuve et le dépaysement: impression d’immensité des lieux, bruit et agitation, adversaires avec des jeux différents, fatigue due au nombre des rencontres, etc… justement, tout cela peut s’anticiper et se reproduire à l’entraînement. Tout ce que nous allons dire maintenant concerne les jeunes qui ont des ambitions pour intégrer l’élite, il n’y a aucune raison de changer l’entraînement de ceux qui veulent seulement pratiquer la compétition comme un loisir. Cela revient à dire que certaines compétitions bien adaptées au sport de masse sont du temps perdu pour les meilleurs, n’en déplaise à ceux pour qui le palmarès du club passe avant le niveau des joueurs. Il est grand temps de relancer des tournois jeunes inter-régionaux sur sélection, de sortir de son département, de sa ligue( ce qui se fait déjà mais pas assez). Les clubs ont la possibilité de varier les lieux et les partenaires en échangeant des joueurs lors des entraînements. Il est possible et même souhaitable de recréer l’ambiance de ces grandes compétitions à l’entraînement.
- Nous avons déjà dit que le «no-coaching» avait incité des entraîneurs à rester à la maison. D’autres, au contraire, étaient bien présents veillant à ce que leurs joueurs s’échauffent physiquement et spécifiquement, étudiant le futur adversaire, prodiguant des conseils d’avant match, tirant des conclusions positives, gérant les temps morts, ce qui était conforme au règlement. Je vous laisse juges.
- J’ ai également été surpris de voir très peu d’entraîneurs de clubs parmi le public. Même si on entraîne un club modeste, comment peut-on prétendre le faire bien si on n’a pas une idée précise de ce qui se fait de mieux avec les très jeunes? Ceux qui se contentent du stade «entraîneur départemental», axé sur la technique de base, auraient pu réaliser qu’il faut aller plus loin dans les formations…si on désire former d’autres compétiteurs que des figurants. Il faut savoir aussi être spectateur pour mieux enseigner.
- Est-il absolument indispensable de «s’encourager»? Tous doivent-ils le faire? Doit-on en faire un système? On a pu remarquer que beaucoup de joueurs «s’encourageaient» de façon systématique, à savoir à chaque point gagné en proférant un cri de guerre et en adoptant une posture adéquate; avec des enfants, c’est assez difficile d’obtenir la juste mesure: est-ce correct de le faire lorsque l’adversaire rate un service ou un point facile? Est-ce si efficace que cela quand on pense à l’image que donnent de grands champions de sports plus médiatisés que le nôtre en restant imperturbables, quelle que soit la situation? En tout cas, on a pu noter deux choses: 1° la manifestation de force est souvent suivie de gestes de dépit voire de crises de larmes quand ça se passe mal; 2° quand ces manifestations se déroulent simultanément à plusieurs tables, le vacarme devient insupportable, certains arbitres l’ont signalé. Et ça n’est pas anodin: certains cris de guerre malmènent les cordes vocales et consomment une énergie non négligeable…on oublie aussi que nous sommes tous différents et que ce qui marche avec certains est nuisible à d’autres, que nous ne réagissons pas tous de la même façon face aux problèmes que ne manque pas de nous poser la vie, que la psychologie a éprouvé le besoin de classer les individus selon leur comportement. Voilà un débat qui mériterait d’être posé….Sarah Slimani, nous l’avons déjà dit, gagne son tableau en gardant un visage de sphinx, peut-on le lui reprocher et aurait-elle plus d’efficacité en se comportant différemment?
- Comportement de certains parents ou certains accompagnateurs. Nous avons déjà dit que, dans l’ensemble, les parents s’efforcent d’avoir la juste attitude, mais certains n’arrivent pas à cacher leur stress ou se montrent désagréables dans des commentaires d’après match. Je trouve intéressant de soumettre quelques réflexions recueillies à chaud.
- Nous sommes en phase de détection, il s’agit de recruter une élite nationale, or bien peu de jeunes en ont le niveau et l’important pour eux est de rentrer avec le sentiment d’avoir réussi le tournoi à leur échelle. Il faut apprendre aussi à perdre. Il n’est pas bon de laisser croire à un enfant qu’il peut tout gagner, mais il doit savoir donner le maximum. En général, les nôtres ont lutté jusqu’au bout.
- Être dans un grand club avec des entraîneurs compétents ne suffit pas pour devenir un champion même si on en a la volonté. Il faut être doué.
- On ne voit que le côté brillant du PES. Mais le public( en l’occurrence ici les parents ou les dirigeants) sait-il la somme de travail, de sacrifices, de sueur, de larmes, de fatigue, de déceptions, que cela représente et tous les parents et tous les enfants ont-ils le caractère bien trempé pour y parvenir?
- Le champion naît de la rencontre d’un sujet doué avec un bon entraîneur et avec beaucoup de travail. Aux dirigeants de favoriser cette rencontre (à condition de se donner le mal de bien connaître le tennis de table, notamment en étant spectateurs de leur sport, ça, c’est nous qui l’ajoutons).
En espérant que ce modeste compte-rendu provoquera des réflexions, car, comme d’habitude, je ne prétends pas détenir la vérité, ayant passé ma vie à m’interroger.
Georges Barbereau, délégué de ligue( par défaut).